Humeur, Lecture

Auprès de moi toujours

La semaine dernière, j’ai fini un roman qui m’a bouleversé. En refermant le livre, les larmes ruisselaient, j’avais des sanglots dans la gorge. Littéralement. C’est rare un livre qui déclenche une telle émotion. Je ne sais pas s’il y a eu un précédent. S’il y a, je l’ai oublié en tout cas. C’est vous dire à quel point ce livre m’a bouleversé. Et m’a donné envie de m’insurger. Je sais que ce n’est que de la fiction, une horrible fiction, mais je n’ai pu empêcher mes pensées de dériver.

Le synopsis

Les repères temporels sont flous mais on se situe quelque part dans la deuxième moitié du XXème siècle. Il s’agit d’une uchronie : la médecine a fait une découverte majeure dans les années 1960 (ou 50 ?) qui permet de soigner les maladies jusque là incurables. L’idée est simple : avoir une réserve d’organes en permanence utilisable. Pour cela, il suffit d’élever des clones et leur prélever leurs organes vitaux quand ils sont dans la fleur de l’âge – aux alentours de 25 ans. Ils auront alors « terminé ». La narratrice, Kathy H, est l’un de ces clones. Elle se présente en quelques mots avant d’effectuer un flashback sur son enfance et son adolescence.

Quand on dit clone on pourrait penser à une foule d’individus identiques et interchangeables, complètement déshumanisés.

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Ce n’est évidemment pas le cas. La seule différence entre un enfant et un clone, c’est que l’enfant a un avenir. Au sortir de sa formation, le clone n’a plus qu’un passé. Ses organes vitaux seront prélevés les uns après les autres jusqu’à sa mort. Et cette différence fondamentale, seul le lecteur en a conscience. Pour les clones, ils sont élevés dans cette optique et c’est une vérité immuable. Il y a un passage que j’ai trouvé très juste, et transposable à l’envie :

« (…) les gardiens aient choisi avec beaucoup de soin, et de propos délibéré, le moment de nous dire chaque chose, de telle sorte que nous étions toujours un peu trop jeunes pour comprendre correctement l’information la plus récente. Mais, bien sûr, nous la saisissions à un certain niveau, et avant longtemps toutes ces données étaient rentrées dans notre tête sans que nous les ayons jamais vraiment examinées » (p.133)

De l’autre côté de la barrière, il y a les humains, les vrais. Ceux qui ont une famille et peuvent choisir un métier. Ceux-là sont très peu visibles dans le roman. Mais le lecteur comprend bien qu’il y a une chose très importante : ces derniers ne veulent surtout pas connaître de clones. Ils vivent dans l’illusion que ce sont des machines à guérir et ils ne voudraient surtout pas perdre cette illusion si confortable. Comment ne pas faire le lien avec l’esclavage ? Je suis convaincue qu’à l’époque où on prétendait que les noirs n’avaient pas d’âmes, certains se mettaient des œillères parce qu’autrement, ils n’auraient pas pu supporter l’idée de participer à l’esclavage et aux horreurs qui en découlaient. C’est tellement pratique de nier l’autre… Je ne me risquerai pas à une comparaison plus moderne, mais je suis convaincue qu’hélas, elle existe.

Un autre point que j’ai trouvé intéressant dans ce livre est le rapport à l’autre. Kathy H a une amie, qu’on pourrait même qualifier de meilleure amie : Ruth. Et c’est une vraie garce. Tout le long du roman, je m’énervais contre cette fille toxique en me demandant inlassablement mais pourquoi diable Kathy ne s’affranchit-elle pas de cette amitié destructrice ? Et en y réfléchissant je me suis demandée : sans guide, sans modèle, comment savoir que c’est une amitié toxique ? Parfois, il nous faut des années pour ce rendre compte que celui-là est un pervers narcissique, que celle-là ne nous apporte aucun bien… alors que nous avons été élevés par des parents « qui savent ». Sans repère, comment s’en sortir ? Et, en tant que maman, comment repérer ces amitiés qui peuvent blesser mes enfants ? C’est, depuis cette lecture, un sujet qui me travaille : où se situe la frontière entre laisser mon enfant vivre ses expériences et le/la (re)cadrer ?

Et puis enfin, ce livre m’a donné envie d’écrire. Vous savez comme ces fans qui écrivent des histoires pour leur héros, pour continuer à les faire vivre, même quand la saga est terminée. Je ne le ferai pas. Je n’ai ni le temps ni le talent. Mais, définitivement, je n’aime pas les anti-héros. J’aurais voulu que Kathy H se rebelle. Qu’elle mette à mal cette société hypocrite. Qu’elle essaye de vivre. Je me disais, ça serait tellement simple : elle va dans un pub et sympathise avec des jeunes qui ont un avenir. Ils lui permettraient de comprendre qu’elle a le droit de prétendre à mieux, et elle leur montrerait qu’elle est bien plus qu’une réserve d’organes. Mais, pour se rebeller, pour faire le premier pas encore faut-il avoir conscience de l’injustice, non ?

Quant à savoir pourquoi j’ai trouvé la fin si triste, je te donne les références du livre et du film qu’il a engendré 🙂

  • Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro
  • Never let me go de Mark Romanek avec Carey Mulligan, Keira Knightley et Andrew Garfield

 

 

 

 

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3 réflexions au sujet de “Auprès de moi toujours”

    1. Je ne connais pas the island, je viens de lire le synopsis et j’ai l’impression qu’il doit être plus facile à voir : au moins il y en a qui se rebellent !! Merci pour l’idée donc, je pense que je me laisserai tentée à l’occasion 😊

      Aimé par 1 personne

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