colère, Enfant, Ernestine

Grosse colère

La journée a été dense. Plus dense que d’habitude. Et, très logiquement, les enfants sont fatigués. Plus fatigués que d’habitude.

Je guette Ernestine. Je la sens prête à exploser. Ces soirs-là, ma petite fille si mignonne se métamorphose en cocotte-minute. Alors j’essaye de désamorcer au maximum. Je suis beaucoup souple. Elle me réclame son doudou ? Je vais le lui chercher, même s’il est à deux mètres de sa main. Elle ne veut pas se brosser les dents ? Tant pis, ce n’est pas un soir de moins qui va changer la donne. Sauf qu’il reste des points non négociables. Passer la nuit dans la voiture froide ? C’est non. Se rouler dans son lit avec son bavoir récupérateur transformé en garde-manger ? C’est non aussi. Et là, c’est le drame.

Ernestine si espiègle, si enjouée devient une vraie petite furie hystérique. Le docteur Jekyll a ici une sérieuse concurrente ! Elle commence par crier ce qu’elle veut (remonter dans la voiture, remettre son bavoir…) en déployant des trésors d’ingéniosité pour y parvenir. La seule et unique fois où elle a refermé une fermeture éclair, c’était dans une crise de colère (la miss ne voulait pas enlever son manteau) (alors que tous les soirs ou presque c’est moi qui dois la déshabiller entièrement). Quand elle voit que ça ne marche pas et que nous demeurons intraitables, elle crie encore plus fort. Des cris sauvages  et rageurs.

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C’est à ce moment que je veille sur Gustave. Une fois, en gentil petit frère qu’il est, il a voulu lui donner son doudou. Il n’a absolument pas compris pourquoi il se prenait un coup. Alors maintenant, les garçons savent que quand leur sœur est comme ça, on ne l’approche pas.

Bon, mais justement, cette sœur, on en fait quoi ? Ma réponse est désolante : rien. Je ne sais pas s’il en est de même pour les tiens, mais ici une fois que la crise est enclenchée, ça ne sert à rien d’essayer de parler / raisonner. Ernestine crie sans discontinuer (je suis toujours impressionnée par l’endurance de ces petites bêtes !), tape dès qu’on s’approche d’elle, jette tout ce qui se trouve à portée de sa main. Parfois elle s’isole d’elle-même, d’autres elle fait attention à bien rester dans notre champ de vision.

Et quand je la vois comme ça, bien sûr  que ça m’exaspère, mais surtout ça me fait mal au cœur. Parce que la première chose que je vois, c’est que mon enfant est en souffrance. Alors régulièrement – toutes les 10/15 minutes – je vais la voir pour lui proposer un câlin. Et à chaque fois j’espère que cette fois sera la bonne… ce qui est rarement le cas !

Ses deux dernières crises se sont soldées par un pipi dans la culotte. Et par une petite voix, toute faible d’avoir tant crié, , »oh non ! oh non ! non non non ! »

Une fois la tempête passée, on prend le temps d’en discuter un peu, souvent le lendemain. Mais que dire ? Dans le doute, je la rassure. Je lui dis que je vois bien que c’est difficile pour elle. Que je sais que l’anniversaire chez sa copine a provoqué un tsunami chez elle et que c’est normal d’avoir du mal à contrôler ses émotions. Qu’elle va grandir et que ça va devenir plus facile pour elle. Mais est-ce le bon discours ? J’avoue que je tâtonne.

Alors, régulièrement, on lit l’histoire de Robert que j’ai acheté spécialement pour elle. Et je pense que ça lui fait du bien – j’espère !

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En tout cas, une chose est sûre : c’est qu’en grandissant, des crises de type, on en a moins. Et c’est pas plus mal ! Mais… misère, Gustave commence à s’y mettre 😉

Et toi ? Tu es confrontée à ces colères apocalyptiques ? Tu as des astuces ?

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Enfant, Noël

Je crois que je préfère l’Avent à Noël.

Ça y est, c’est officiel, nous sommes en décembre, l’Avent a commencé : on peut parler de Noël, penser à Noël, préparer Noël ! Et, en y réfléchissant, je me suis dit que même si j’aimais cette fête (comme 99% des gens…) ce que j’aimais vraiment c’était l’Avent. Et ce depuis que j’ai des enfants en âge de se réjouir.

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La notion  de temporalité commence souvent avec Noël : les enfants adorent cette fête (les miens en tout cas !). Et, l’année dernière, elle était à peine passée que j’avais déjà droit à la sempiternelle question : « dis maman, c’est quand Noël ? » Leurs yeux ahuris quand je leur répondais qu’il fallait attendre un an me touchaient (« mais c’est quoi un an ?! »). Dès janvier, Alphonse et Ernestine commençaient leur liste au père Noël. Je dois bien avouer que j’ai contribué – inconsciemment d’abord – à entretenir la flamme : quand ils me disaient « maman je veux ça » le ça allant de la Porsche avec le garage assorti au tube à bulles, je répondais invariablement « d’accord, je le marque sur ta liste » (virtuelle la liste évidemment, je te laisse imaginer la longueur qu’elle pourrait atteindre en un an…) J’adore cette réponse : de mon côté, c’est la tranquillité : jamais de crise de colère même au beau milieu d’un magasin de jouets, de leur côté c’est entretenir la magie de Noël en toutes saisons.

Et ça y est ! Mes enfants ont les yeux qui brillent. Noël se rapproche enfin. Leur liste de Noël est restée virtuelle mais peu importe, il y a des choses plus importantes

  • Le calendrier de l’Avent d’abord. Je voulais en faire un moi-même cette année. Varier chocolat, légo ou autres. Et puis le temps a passé, comme d’habitude je me suis retrouvée acculée devant l’échéance et j’ai emmené les enfants au magasin. Quelle fête pour eux ! Il y avait encore une dizaine de choix (en promo huhu). L’ouverture de la petite fenêtre est faite religieusement tous les matins.
  • Le sapin. Que serait Noël sans sapin ?! Ramener un sapin à la maison est une des choses qui leur fait le plus plaisir. Ils sautent et dansent partout. Se disputent pour mettre boules et guirlandes. Et j’adore la magie que dégage la guirlande lumineuse. Le soir, on vit dans une ambiance feutrée entre cette lumière incandescente et le lumignon du jour (j’adore le calendrier de Yankee Candle !) Ernestine dit bonne nuit au sapin avant d’aller se coucher. J’adore
  • Faire la crèche. La religion catholique m’indiffère mais elle est très importante pour mon mari. Et je souhaite offrir à mes enfants (baptisés) l’opportunité de choisir s’ils veulent croire ou pas quand ils seront en âge de réfléchir. Noël sert également à ça chez nous.
  • Enfin, à l’école la mode est au chants de Noël. Alphonse et Ernestine apprennent plein de chansons toutes mignonnes qu’ils chantent le soir. Je les encourage dès que je peux (mention spéciale aux « jouets fatigués » au lieu de « jouets par millier » !)

Et toute cette période dure 24 jours ! Il y a beau avoir des soirs comme ça, ou des soirs malades, on sait qu’on se rattrapera le lendemain, la semaine suivante. On a le temps. Le temps de vivre pleinement cette période et de la savourer.

Alors que Noël, on cligne des yeux et c’est fini. Certes, je prends toujours beaucoup de plaisir à voir la famille. L’ambiance est à la fête. Mais cette abondance de victuailles, cette injonction au bonheur en fait une fête un peu too much à mes yeux. Le lendemain de Noël, avec ou sans alcool, il y a comme un effet gueule de bois. Sans parler de la fatigue engendrée par cette seule semaine de vacances perdue au milieu de l’hiver (mais bon, toi et moi, on sait bien que de toute façon le travail est plus reposant que n’importe quelle semaine de vacances avec trois enfants en bas âge 😉 ) Et puis, c’est bien connu, le désir procure un certain bonheur.

Alors c’est certain, j’aime Noël mais je préfère de loin l’effervescence de ces 24 jours qui le précèdent.

Et toi ? Qu’en penses-tu ?!

Enfant, Humeur

Il y a des soirs comme ça

Ce soir, en me posant enfin, je me suis dit que je voudrais partir loin. Très loin. Sur une île déserte et paradisiaque. Sans cris. Sans pleurs. Sans mari. Et même sans internet. Seule.

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Il faut dire que ma soirée a été difficile. Bien plus que d’habitude. D’abord, Ernestine a fait tomber Gustave, son nez a heurté le sol. Et il a saigné, sans discontinuer. Et les deux qui pleurent. Sans discontinuer aussi. Le mal de tête qui s’installe. Chez toi aussi quand ton troizans comprend qu’il / elle a fait une bêtise, c’est les chutes du Niagara ? C’est un truc qui m’exaspère. Quand on fait une connerie, on assume et on répare les conséquences. C’est pas compliqué pourtant. Pour ma fille, c’est une autre histoire. Quand elle sait qu’elle n’a pas agit correctement, elle pleure toutes les larmes de son corps, comme si la victime de l’affaire, c’est elle.

Nous voilà donc dehors. Il fait 8°C. Gustave n’a pas son manteau, pas de pull (mais il ne saigne plus) (mais il refuse son manteau). Ma poussette n’a que deux places, aucun des trois ne veut marcher. Je négocie, marchande tant que je peux. Il y en a toujours un qui est mécontent. Mathématique.

On arrive enfin à la maison. Un peu de calme. Le calme dure approximativement 20 secondes. Les trois pleurent à l’unisson. Pour un manteau qui ne s’enlève pas tout seul, un doudou coincé dans la poussette, un jeu en hauteur… Et moi j’ai les courses à ranger, le repas à préparer, le bain à donner.

Ils sont épuisés. Moi aussi. Je m’énerve. Je ne crie pas. Je me contiens mais je ne sais pas si c’est mieux. Mes gestes sont brusques. Mes phrases cinglantes.

Les enfants ont bien compris mon état. Et comme ce sont des enfants, ils me cherchent, me testent, me provoquent. Et je leur en veux. Et je m’en veux de leur en vouloir. Je me dis que ce sont peut-être nos deux derniers mois paisibles. Je déteste gronder Alphonse. Je n’apprécie pas non plus gronder Ernestine ou Gustave. Mais des fois, ils me poussent à bout.

Alors ce soir, aussitôt après avoir pensé à l’île déserte, je me suis dit que ce n’était pas suffisant. Le problème de l’île déserte, c’est que je reste moi. Je conserve mes facultés de réflexions et mes compétences cognitives. Et je ne suis pas sûre que ce soit ce dont j’ai besoin.

Alors je me suis dit que plutôt d’être là où je ne peux aller, je voudrais devenir quelque chose que je ne peux être. Un animal, sans conscience aucune. Sans notion de bien ou de mal, qui vit une vie courte, inintéressante probablement, mais insouciante.

Il y a des soirs comme ça. Des soirs qui déraillent. Des soirs qui nous vident littéralement. Des soirs qui nous font nous demander pourquoi diable avons-nous des enfants ? Des fois ce sont aussi des matins, qui nous font arrivés exsangues au travail.

Et puis on se pose. On prend un peu de recul. On souffle un grand coup. Et puis on se souvient de tous ces autres soirs, de tous ces autres matins. Ceux qui sont faits de rires, de jeux et de disputes. De phrases toutes mignonnes, de gestes tendres.

Et je me dis que si le prix à payer pour tant de bonheur c’est quelques soirées éreintantes, quelques nuits épuisantes alors ce prix, je le paye sans sourciller. Sans mes enfants, aujourd’hui, je ne serai rien.

alphonse, Enfant

Adieu tétine

C’était un soir comme tant d’autres. Le bain, le repas, le pipi, les dents, l’histoire…  Sauf que ce soir là, il y a quelque chose qui m’a frappé : les dents d’Alphonse ont un problème. Rien de dramatique. Rien d’extraordinaire. Une conséquence très courante de la tétine. Un constat qui appelait la suppression immédiate de cette dernière. Et tu sais quoi ? Ça s’est très bien passé !

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En premier lieu, et tout naturellement, j’ai expliqué à Alphonse pourquoi il devait renoncer à ce réconfort. J’ai employé des mots un peu extrêmes : j’ai parlé de bobos aux dents, de dentiste, d’appareils dentaires. Et je lui ai dit que tous ces maux étaient imputables à cette tétine de malheur. Tout ça, il a parfaitement compris. Et il accepté d’aller se coucher.

Le problème, c’est que le doudou d’Alphonse, c’est sa tétine : depuis tout petit il dort avec trois tétines. Une dans chaque main, et une dans la bouche. Il a bien quelques doudous conventionnels dans son lit, mais uniquement parce que sa petite sœur en a également. Il n’y est pas très attaché. Et donc on ne parle pas de supprimer LA tétine mais bien de supprimer LES tétines. Un peu rude, non ? Alors, pour le rassurer, j’ai trouvé deux petites boîtes qu’Alphonse a poétiquement baptisé « boîtes de bonne nuit ». On y a mis une tétine dans chaque et Alphonse s’est endormi la première nuit avec une boîte dans chaque main.

Ah non… ça n’a pas été aussi simple ! Dormir sans tétine c’est plutôt simple. S’endormir sans tétine, c’est une autre histoire. Et mon petit Alphonse qui d’habitude s’endort sans difficulté se tournait et se retournait, nous appelait et nous rappelait. Bref, c’était compliqué. Alors on a testé le machouyou. Je ne sais pas si tu connais ce bout de silicone qui a pour but de sevrer l’enfant en douceur. Je l’avais acheté il y a… pfiou ! longtemps mais Alphonse n’avait pas voulu en entendre parler à l’époque. Là, il l’a accepté et s’est endormi immédiatement. Et c’est ainsi qu’il a fait sa première nuit sans tétine. Je ne te raconte pas la fierté de mon bonhomme dès le matin !

Très rapidement, c’est à dire dès le lendemain, les boîtes de bonne nuit ont été oubliées. Une boîte métallique, c’est froid. Ce n’est pas ergonomique. On a fait bien attention à mettre son monsieur lapin et monsieur nounours dans les bras. Il s’est endormi sans histoire. Et dès qu’il a fermé les yeux, il a mis ses peluches par terre.

Et puis, au bout d’une semaine, il a dédaigné le machouyou également. Il s’endort maintenant sans rien ! Et quand je le vois dormir comme ça, je ne peux m’empêcher de penser que mon petit garçon grandit à la vitesse grand V. Et quel fierté pour lui de dire qu’il dort comme les grands !

On garde maintenant la tétine précieusement et on la sort à chaque chute. Alphonse a encore tendance à se laisser dépasser par la situation. Il tombe et c’est le drame. Il peut avoir de réelle crise de panique et de vexation. La tétine le calme et le rassure. Il ne la garde qu’une minute ou deux et ça lui fait tellement de bien que tant pis pour les dents. Je pense que dans ces conditions, il en a encore besoin.

L’autre effet kiss cool concerne Ernestine. C’est une accro de la tétine. On limite autant que possible mais on ne se bat pas. Quand elle a vu que son grand frère n’en avait plus, évidemment ça l’a intrigué. On lui a donc proposé tout naturellement de prendre exemple sur son grand frère. Adieu tétine, bonjour machouyou ! Elle nous a regardé très sérieusement et nous a déclaré qu’après l’anniversaire de A., sa super copine, elle n’aurait plus de tétine. J’avoue, je suis dubitative. Nous verrons bien, c’est samedi prochain !

Enfant

Tu seras un homme, mon fils

Quand j’ai eu mon premier enfant, je me posais beaucoup moins de questions que maintenant. Pour moi, c’était une évidence de le laisser s’épanouir librement sans restrictions aucune sur ses jeux, ses expressions… et puis je me suis un peu intéressée à tout ce qui avait trait à l’éducation. Et j’ai été confrontée à la vision des autres en général et de la société en particulier. Et je me suis rendue compte que l’éducation genrée se faisait de façon insidieuse, et la plupart du temps muette.

Castle Park Kids Prince And Princess

A la naissance de ma fille, mon constat s’est renforcé. Dès la naissance, le regard qu’on portait sur mes enfants étaient différents. A lui, on lui disait de manger pour être grand et fort. A elle, on lui disait de manger pour être en bonne santé. A lui, on lui disait que son pull était mignon. A elle, on lui disait qu’elle était jolie.

Une petite phrase par ci, une autre par là, c’est très discret. Je ne l’ai pas remarqué immédiatement. Et je pense y avoir contribué également. L’imaginaire collectif, je le partage. Mais, après ma prise de conscience, c’est devenu mon cheval de bataille. Et j’ai fait très attention à ce que je disais / faisais. A titre d’exemple, je ne sais plus qui a offert des boucles d’oreilles à Ernestine. Des babioles autocollantes qu’on trouve chez Claire’s (et sûrement ailleurs). Ernestine était ravie, évidemment. Et Alphonse aussi : si elle avait le droit de se coller un sapin sur les oreilles, Alphonse avait le droit également. A chaque fois qu’Alphonse en a fait la demande, il a eu le droit d’avoir du vernis à ongle sur les pouces ou de se déguiser en princesse, comme sa sœur. J’ai à chaque fois attention que ce soit naturel pour lui. Ce n’est qu’un jeu. De la même façon, Ernestine a absolument voulu se déguiser en pompier pour le carnaval de l’année dernière et elle adore jouer aux petites voitures (même si elle a une préférence pour les hélicoptères, mais nous en avons beaucoup moins !) je ne lui ai jamais dit « c’est pour les garçons »

Et pourtant… ils sont à l’école tous les deux maintenant. Lui, en grande section et elle en petite. Et le clivage fille / garçon est bien là. Combien de fois n’ai-je pas entendu « tu ne peux pas faire ça, c’est pour les filles / garçons » ? Jouer au foot ou à la poupée, promener bébé en poussette, parler de Spiderman… j’interviens à chaque fois, essayant de rétablir l’équité mais j’ai franchement l’impression de me battre contre des moulins à vent. Je n’abdique pas mais je dois avouer que je suis parfois bien démoralisée. Comment réagir à Ernestine qui me dit, du haut de ses 3 ans et demi, qu’elle n’a « que des copines, parce que les garçons c’est pas intéressant » ?! Qui lui a mis cette idée dans la tête ?

Dans un podcast des savantes, Nicole El-Karoui, mathématicienne, racontait l’expérience suivante : dans une classe de primaire on avait donné un exercice à réaliser aux écoliers. Il s’agissait de reproduire une figure complexe. Dans la classe dans laquelle on avait présenté cet exercice comme un exercice de géométrie, les garçons avaient en moyenne mieux réussi. Dans celle dans laquelle on avait présenté cet exercice comme un exercice de dessin, c’étaient les filles qui avaient mieux réussi. Alors je me demande bien : comment lutter contre ces préjugés inconscients ?!

Hier encore j’ai entendu un fait divers horrible aux infos. Une sombre histoire de pédophilie impliquant huit (8 !!!) adultes, 5 hommes et 3 femmes. Les cinq hommes ont été placés en détention provisoire. Pas les femmes. Mais pourquoi ? Des femmes perverses, il en existe aussi. Pourquoi ces monstres ne reçoivent-il pas le même traitement en attendant l’instruction ? A la découverte de l’affaire, qui peut préjuger du rôle de chacun ? J’ai l’impression qu’encore une fois l’imaginaire collectif s’en charge. Je sais que mon exemple est glauque, mais je le trouve également probant : la sphère sociale écrase complètement la sphère privée en terme d’éducation genrée.

Bien sûr, je répète dès que je le juge nécessaire à mes enfants qu’il n’y a pas de différence entre les filles et les garçons. Que si l’un a droit de faire ça, ça veut dire que l’autre en a également le droit. Mais est-ce suffisant ? Je suis hélas convaincue du contraire. Et le poème (magnifique) de Kipling, écrit en 1895 est toujours d’actualité :

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaitre,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maitre,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

En revanche, l’injonction « sois une femme, ma fille » reste lettre morte.

Et toi ? Comment fais-tu pour assurer une éducation non genrée ?

Enfant, vie de maman

Comme un doudou

Il est 6h40. On est samedi matin. Au loin j’entends une petite voix qui m’appelle. « Maman… maman… maman… » Lancinante. Je ne bouge pas. Avec un peu de chance, il va se rendormir. C’est le week-end, on dort le week-end ! Je ne sais pas pourquoi, j’espère à chaque fois. Gustave ne s’est jamais rendormi le matin. Je donne un coup de coude à mon mari. « T’y vas ? » « Non. C’est toi » Comme tous les matins, il y a une courte paille invisible. Je dois reconnaître que le perdant n’est pas toujours le même. C’est déjà ça. Ce matin, c’est moi qui m’extirpe à grand peine de la chaleur de la couette.

« Gustave, c’est encore l’heure de faire dodo ! » Lui ne l’entend pas du tout ainsi. Debout dans son lit, il sautille, tout content de me voir. Il a enlevé sa gigoteuse. Si je n’ai pas de chance il a enlevé aussi son pantalon de pyjama. Et pour les matins qui partent mal, il enlève également la couche. Heureusement, ce matin il a tout gardé. Pantalon et couche. Je peux effectuer la translation directement. Je prends mon petit bonhomme pour le mettre dans notre lit. Au milieu de nous deux. Et je lui chuchote  » Rendors toi. Ce n’est pas encore l’heure de se lever »

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Il accepte de s’allonger. « Papa ? Maman ? » Il vérifie qu’on n’essaye pas de l’avoir, qu’on reste là, à ses côtés. Je lui promets qu’un matin de week-end, à 7h, nous n’avons aucune velléités de quitter notre lit. Alors il s’allonge, après avoir vérifié que son doudou est toujours dans sa petite main. Bien à l’abri.

C’est en général à ce moment que je sens son petit corps tout chaud tout contre moi. Gustave ne veut pas s’allonger entre nous, comme son frère et sa soeur le faisaient il n’y a pas si longtemps. Non. Gustave veut s’allonger sur moi. Je suis sur le dos et lui me fait un énorme câlin. Et je ne dois pas bouger. Même si j’ai mon nez dans ses cheveux ou un torticolis qui s’installe. Lui peut rester 20 bonnes minutes comme ça. Avec nos coeurs qui battent à l’unisson.

Jusqu’à ce que Alphonse et/ou Ernestine déboulent comme des tornades dans la chambre. Alors, tout de suite, Gustave se redresse. S’assoit sur le lit. Et dit de sa petite voix que je suis encore la seule à déchiffrer « Coucou Alphonse ! Coucou Enerstine ! Vous avez fait un gros dodo ? » Et là, il n’y a rien à faire. Il faut se lever. Il y a trois biberons à préparer.

Mes matins de we commencent toujours trop tôt. Mes fins de nuit sont toujours inconfortables. Mais je chéris ces moments privilégiés. Je sais qu’ils ne vont pas durer. Ceux où je sers mon fils dans mes bras comme lui sert son doudou.

alphonse, Enfant

[Alphonse] 5 ans et demi

Je triche un peu puisque mon petit garçon a eu 5 ans et demi en juillet. Mais le temps file et je ne veux pas tout oublier. Il y a un an et demi, l’annonce de son cancer nous a fait quitter toute insouciance. La peur du lendemain est maintenant omniprésente. Ses difficultés motrices se rappellent à lui chaque jour, le mettant un peu à l’écart de ses camarades. Cependant il est avant tout un petit garçon qui grandit, se construit et nous émerveille. Il nous émerveille peut-être même davantage qu’un petit garçon ordinaire : il revient de tellement loin !

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Si je ne devais retenir qu’un adjectif pour toi, je prendrais celui que tous les adultes qui t’ont côtoyés, tous !, ont utilisé : volontaire. Non seulement tu sais ce que tu veux mais tu sais très bien le dire. Je te vois rarement hésiter. Changer d’avis, bien sûr. Ne pas savoir, jamais ! Tu veux courir. Tu veux chanter. Tu veux dessiner. Tu veux lire des histoires. Tu veux rire. Tu veux vivre, tout simplement. Et c’est un bonheur quotidien que de te voir réinvestir si pleinement cette vie qui a failli te quitter. Tu fais des choses qui nous semblaient impensables il n’y a que quelques mois. Faire la courses en trottinette, dessiner le petit chaperon rouge (certes, ce dernier ressemble plutôt à walking dead !) …

C’est aussi un réel plaisir que d’assister à la construction de ton raisonnement. Ta pensée devient élaborée. Tu utilises ta mémoire pour confronter nos faits et dires – et parfois relever nos contradictions (« mais maman, c’est le soir. Pourquoi tu mets ton manteau ? Le soir, on reste à la maison ! ») Il y a quelques mois, un an peut-être, l’humour a fait une entrée fracassante dans ta vie. Tu aimes faire des blagues. Et plus que tout, te tromper juste pour observer la réaction de la maîtresse.

Tu restes un petit garçon très câlin qui a régulièrement besoin d’être rassuré. Volontaire, blagueur mais également très sensible, qui manque un peu de confiance en toi. Nous t’encourageons comme nous pouvons et chaque étape de franchie est une petite victoire. En septembre, les maîtres et ATSEM t’ont trouvé transformé par les vacances. Il n’y avait pourtant eu aucune révolution d’un point de vue moteur. En revanche, pendant les 2 mois de l’été, tu avais pris conscience que tu pouvais faire bien plus de chose que tu ne le pensais. Naturellement, tu marchais donc plus droit, avec un pas un peu plus assuré. Quel plaisir !

Cet été tu es parti pour la première fois en colonie de vacances pendant cinq jours. Passé l’angoisse de la séparation, bien plus présente chez moi que chez toi, tu as passé une superbe semaine à profiter de la campagne, à vivre dehors et à aller te baigner. Tu as charmé toutes les monos dont tu étais le chouchou, les bluffant régulièrement (« mais non, la lune c’est pas une étoile ! C’est un satellite ! » tu sais ça, toi ?!) (en vrai tu ne le sais pas bien sûr, tu as juste répété ce que tu as entendu) (mais tu l’as répété à bon escient et ça les a scié. Tellement que c’est une des premières choses qu’elles nous ont raconté quand on est venus te chercher)

Tu as également profité de la mer et de la plage – dont tu raffoles. Tu as vu ton premier coucher de soleil (« maman, le soleil il s’est couché mais il ne s’est pas brossé les dents ! ») Et nous t’avons emmené visité quelques châteaux de la Loire. On vous a fait des espèces de visites guidées en y incorporant le plus possible de princesses et de chevaliers. Avec Ernestine, vous avez tous les deux adoré. Et une des première chose qui vous a marqué dans ces châteaux, c’est la taille des cheminées : « le père noël n’a pas de problème pour passer tellement ces cheminées sont grandes ! » Maintenant, dès qu’on voit un château au loin tu nous demandes d’aller le visiter. Malheureusement pour toi, nous habitons loin de la Loire !

Ta rentrée à l’école s’est très bien passée. A l’occasion des vacances scolaires j’ai pu regarder ton travail. Et je suis si fière de toi ! Tu as récité ta toute première poésie. Tes dessins sont de mieux en mieux structurés. J’ignore quand tu liras mais les bases sont posées, on les voit. Ta maîtresse a l’air bien. Tu as « couru » ton premier cross à l’aide de ton papa. 400m ce n’est pas grand chose. Mais je sais que pour toi, c’est déjà énorme. Et quelle joie de voir cette fierté briller dans tes yeux.

Régulièrement, tu caresses la tête de ton petit frère en lui murmurant « je t’aime Gustave » et puis tu me regardes droit dans les yeux « maman, mon petit frère je l’aime beaucoup ».

Bref tu as cinq et demi. Plus tout petit mais pas encore grand. Et, surtout, tu es heureux !